Souriez, vous êtes opérée !

C’est la dernière dinguerie des Coréennes : avec la chirurgie, elles veulent obtenir le rictus du joker

Révélée sur le Net, la technique dite du Smile Lipt, contraction de lift (remonter) et de lip (lèvre), pose une nouvelle fois la question des dérives de la chirurgie esthétique. La Corée du Sud, qui en a fait une mode, vient d’être une nouvelle fois pointée du doigt pour son goût immodéré et parfois douteux pour le bistouri. C’est via une photo postée sur un réseau social que le Smile Lipt a provoqué il y a quelques jours la frayeur d’une partie des internautes en France. Et pour cause, l’image diffusée sur Reddit montrait une jeune femme avec un sourire déformé rappelant le personnage effrayant du joker. Si l’image est très certainement un fake, elle a mis en lumière cette pratique chirurgicale consistant à rehausser le coin supérieur des lèvres pour donner


« l’impression de sourire permanent », explique, en images, un responsable de la clinique esthétique coréenne Aone du Dr Kwong, à l’origine de cette intervention. « La vidéo diffusée par la clinique du Dr Kwong est très professionnelle. Mais ce qu’il présente comme une pratique nouvelle ne l’est pas », tient à préciser le Dr Olivier Claude, chirurgien esthétique à Paris. Le sourire de Mona Lisa, promesse d’un physique plus avenant, n’a pas encore dépassé dans les chiffres les demandes de rhinoplasties et le lifting des paupières mais est en constante augmentation au pays de la chirurgie esthétique, où 20% des femmes sud-coréennes avouaient, en 2010, avoir déjà subi une opération, selon un rapport de la Société internationale des Chirurgiens esthétiques


plasticiens. « Il faut avoir conscience que le regard et la bouche sont des zones d’émotions très importantes, continue le chirurgien. Toute modification de ces parties du visage a des répercussions immédiates, positives ou négatives. D’où la prudence nécessaire pour agir de manière mesurée afin d’obtenir un résultat naturel et harmonieux. » Septième derrière les Etats-Unis, le Brésil et la Chine au classement des plus gros consommateurs d’actes chirurgicaux esthétiques en 2011 avec 1 250 interventions, « la Corée du Sud fait partie avec les Etats-Unis, la France et le Brésil des pays dans lesquels on trouve les meilleurs chirurgiens plasticiens au monde, avec des techniques très efficaces », précise le praticien. Des actes de chirurgie qui, rapportés au nombre d’habitants (50 millions en 2012) ont permis à la Corée de décrocher, début 2013, le titre du pays record des interventions esthétiques. Le cas édifiant des photos des prétendantes au titre de Miss Corée du Sud en 2013 a sonné comme un signal d’alarme.


Devant les portraits clones des 20 candidates, le pays a été pris en flagrant délit d’excès de bistouri. Yeux, mâchoires, pommettes, les chirurgiens en profitent pour remodeler entièrement les visages de leurs patientes, qui prennent souvent pour modèles les starlettes de la K-Pop (pop coréenne), envoyées par leurs maisons de disques chez les spécialistes. Ces beautés lisses, sans distinction aucune, calquées sur les traits des Occidentales, inquiètent les professionnels de santé en Europe. Le récent coup de projecteur du Smile Lipt vient confirmer les craintes du corps médical sur les dérives du système pervers du « toujours plus » et le fantasme de beauté universelle. « Diminuer l’action des muscles élévateurs ou abaisseurs de la zone périorale est un geste que nous pratiquons en France, tempère le médecin, mais il est généralement associé à d’autres techniques, dans le cadre d’un lifting du visage. Ce qui nous choque nous Européens n’a pas le même impact en Asie où les critères de beauté ne sont pas les mêmes », tient à rappeler le Dr Olivier Claude. Reste que les motivations esthétiques des Coréennes demeurent les mêmes que celles des Européennes : rajeunir, raffermir, embellir.


Caroline Lazard

Illustration : Beb-Deum pour « Le Nouvel Observateur »

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